Histoire des jeux olympiques : d'Olympie à nos jours

L'histoire des jeux olympiques couvre près de trois millénaires, de leur origine religieuse à Olympie vers 776 avant notre ère jusqu'aux jeux modernes nés à Athènes en 1896. Entre les deux, une éclipse de quinze siècles et la volonté d'un Français, Pierre de Coubertin.

En résumé

  • L'histoire olympique couvre près de trois millénaires, de l'origine religieuse à Olympie vers 776 avant notre ère aux jeux modernes nés à Athènes en 1896.
  • Les jeux antiques étaient une fête religieuse dédiée à Zeus, ce qui explique leur interdiction à la fin du quatrième siècle de notre ère.
  • Le rétablissement moderne doit à Pierre de Coubertin une forme internationale et quadriennale qui n'existait pas dans l'Antiquité.

Les jeux antiques : une fête religieuse avant d'être sportive

La tradition fixe les premiers jeux olympiques à 776 avant notre ère, dans le sanctuaire d'Olympie, en Élide. La date est celle du premier athlète vainqueur dont le nom nous soit parvenu, un cuisinier nommé Coroebos, vainqueur de la course du stade. Les fouilles montrent que le lieu était fréquenté bien avant, mais c'est de cette année que part la première liste continue. Le sanctuaire servait aussi de terrain politique entre cités grecques, ce que la lecture purement sportive des jeux fait oublier.

L'essentiel tient dans un mot qu'on oublie souvent : ces jeux étaient d'abord un culte. Ils se tenaient dans le sanctuaire de Zeus, tous les quatre ans, et le programme religieux comptait autant que les épreuves. Le sacrifice de cent bœufs sur l'autel du dieu occupait une journée entière ; les concours en occupaient cinq.

Le programme s'est étoffé lentement. La course du stade, environ 192 mètres, fut longtemps la seule épreuve. Vinrent ensuite le double stade, la course de fond, la lutte, le pentathlon avec son saut en longueur et son lancer de disque, le pugilat, les courses de chars, et le pancrace, mélange de lutte et de boxe où presque tout était permis.

Deux traits méritent d'être signalés parce qu'ils contredisent l'image qu'on s'en fait. D'abord, l'athlète antique n'était pas un amateur désintéressé : le vainqueur recevait une couronne d'olivier sauvage à Olympie, mais sa cité le couvrait ensuite de privilèges, de rentes et parfois de statues. Ensuite, la fameuse trêve olympique, l'ekecheiria, ne suspendait pas les guerres : elle garantissait la sécurité des voyageurs se rendant au sanctuaire, ce qui n'est pas la même chose.

Les jeux antiques ont duré près de douze siècles. Ils s'éteignent à la fin du quatrième siècle, quand l'empereur Théodose interdit les cultes païens. Le sanctuaire est abandonné, puis enseveli par les crues et les séismes. Il faudra attendre les fouilles allemandes du dix-neuvième siècle pour le retrouver.

Pierre de Coubertin et la renaissance de 1894

La redécouverte archéologique d'Olympie a nourri, dans l'Europe du dix-neuvième siècle, une fascination pour l'antiquité grecque. Plusieurs tentatives de renaissance des jeux ont eu lieu avant Coubertin, notamment les jeux Zappas organisés à Athènes à partir de 1859 grâce au mécénat d'un homme d'affaires grec. Cette première compétition d'inspiration olympique est restée nationale.

Pierre de Coubertin, aristocrate français né en 1863, arrive avec une autre idée : un événement international et itinérant. Sa motivation première n'était d'ailleurs pas sportive mais éducative. Frappé par la défaite de 1870, il attribuait la vigueur des élites britanniques à la place du sport dans leurs écoles et voulait réformer l'éducation française sur ce modèle.

Le congrès qu'il réunit à la Sorbonne en juin 1894 acte la création du Comité international olympique et le principe d'une première édition. Coubertin visait 1900 et l'Exposition universelle de Paris ; les délégués grecs obtiennent Athènes et 1896, pour la valeur symbolique du lieu. C'est ainsi que la première édition moderne échappe à son fondateur.

Athènes 1896 : la première édition moderne

Les premiers jeux olympiques modernes se tiennent à Athènes en avril 1896, dans le stade panathénaïque restauré aux frais d'un mécène. Ils réunissent 241 athlètes de quatorze nations, tous des hommes, sur neuf sports.

Le niveau n'a rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Plusieurs concurrents étaient des touristes présents sur place qui se sont inscrits la veille ; un Britannique employé de l'ambassade a remporté une épreuve de tennis dans ces conditions. L'épreuve qui a marqué les esprits fut le marathon, créé pour l'occasion en référence au messager de la bataille du même nom, et remporté par un berger grec, Spyrídon Loúis, devant un stade en délire.

Le succès fut réel mais fragile. Les deux éditions suivantes, noyées dans les expositions universelles de Paris en 1900 et de Saint-Louis en 1904, s'étalèrent sur des mois et laissèrent une impression de foire. Beaucoup de participants ignoraient même avoir disputé des jeux olympiques.

Le football, l'un des plus anciens sports du programme

C'est à Paris, en 1900, que le football apparaît pour la première fois aux jeux olympiques, sous forme de rencontres de démonstration entre clubs plutôt qu'entre nations. Le tournoi devient officiel à Londres en 1908, où la Grande-Bretagne s'impose, puis à nouveau en 1912. Le football compte donc parmi les sports les plus anciennement inscrits au programme, ce qui surprend souvent.

Son histoire olympique est ensuite dominée par une question : celle de l'amateurisme. Tant que les jeux ont exclu les professionnels, le tournoi olympique s'est privé des meilleurs joueurs du monde, et cette contrainte a longtemps profité aux nations d'Europe de l'Est, dont les joueurs étaient officiellement des militaires ou des employés. La Hongrie a ainsi remporté trois titres entre 1952 et 1968.

Le compromis trouvé en 1992 à Barcelone tient toujours : le tournoi masculin est réservé aux moins de vingt-trois ans, avec la possibilité d'aligner trois joueurs plus âgés depuis 1996. Le tournoi féminin, lui, est créé à Atlanta en 1996 et n'a jamais connu cette restriction d'âge : il oppose les meilleures joueuses du monde, ce qui en fait une compétition de premier plan, à suivre au même titre que les autres grands rendez-vous du football féminin.

Cette différence de statut explique la place particulière du tournoi olympique parmi les compétitions internationales : très prestigieux dans certaines nations d'Amérique du Sud et d'Afrique, considéré comme secondaire dans les grands championnats européens, dont les clubs rechignent à libérer leurs joueurs en pleine préparation de saison.

Les grandes étapes de l'histoire olympique

1924, la naissance des jeux d'hiver

Le patinage artistique figurait au programme dès 1908, et le hockey sur glace depuis 1920, mais les sports de neige n'avaient pas leur place. La semaine internationale des sports d'hiver organisée à Chamonix en 1924 est rétroactivement reconnue comme les premiers jeux olympiques d'hiver. Le ski de fond, le saut à ski, le patinage de vitesse et le bobsleigh y figurent d'emblée.

Les jeux d'hiver se sont tenus la même année que ceux d'été jusqu'en 1992, avant d'être décalés de deux ans à partir de 1994, pour des raisons de calendrier médiatique autant que sportif.

1936, les jeux de la propagande

Berlin 1936 reste l'exemple le plus étudié de récupération politique d'un événement sportif. Le régime nazi y déploie une mise en scène sans précédent : premier relais de la flamme depuis Olympie, première retransmission télévisée, film de commande confié à Leni Riefenstahl. L'athlète noir américain Jesse Owens y remporte quatre médailles d'or, ce qui contredisait frontalement le discours officiel sur la hiérarchie des races.

Ces jeux ont durablement installé une question qui ne s'est jamais refermée : un événement sportif mondial peut-il rester neutre quand l'organisation elle-même est un instrument politique ?

1968 et 1972, la politique sur le podium

À Mexico en 1968, les sprinteurs américains Tommie Smith et John Carlos lèvent un poing ganté de noir pendant l'hymne, en soutien au mouvement des droits civiques. Tous deux sont exclus du village olympique. Le geste, condamné à l'époque, est aujourd'hui l'une des images les plus reproduites de l'histoire du sport.

Munich 1972 marque une rupture plus grave. Un commando palestinien prend en otage des membres de la délégation israélienne ; l'opération et l'assaut manqué qui suit font onze morts côté israélien. Les jeux sont interrompus une journée, puis reprennent, décision alors très contestée.

1980 et 1984, les jeux de la guerre froide

La guerre froide atteint le sport avec deux boycotts symétriques. Une soixantaine de pays, États-Unis en tête, refusent de se rendre à Moscou en 1980 après l'intervention soviétique en Afghanistan. Quatre ans plus tard, l'Union soviétique et la plupart de ses alliés rendent la pareille en désertant Los Angeles.

Ces jeux de 1984 ont pourtant fait date pour une raison économique. Après le désastre financier de Montréal en 1976, dont la dette a mis trente ans à être remboursée, Los Angeles est la première édition à dégager un bénéfice, en s'appuyant sur les équipements existants et sur les droits de diffusion. Le modèle économique de l'olympisme moderne naît là, et il repose sur les mêmes ressorts que ceux des droits télévisés du football : une exclusivité vendue très cher à quelques diffuseurs.

1992 et la fin de l'amateurisme

La règle de l'amateurisme, héritée de Coubertin et longtemps défendue avec intransigeance, s'est effritée pendant les années quatre-vingt avant de disparaître. Barcelone 1992 en est le symbole avec la venue de la Dream Team américaine de basket-ball, composée des meilleurs joueurs professionnels du monde.

Cette ouverture a transformé la nature de l'événement. Les jeux ne sont plus une compétition à part, réservée à une catégorie particulière de sportifs, mais le sommet du calendrier dans la plupart des disciplines. Le football fait exception, on l'a vu, et c'est aujourd'hui l'un des rares sports où le titre olympique ne constitue pas la référence absolue.

Les femmes aux jeux olympiques

Aucune femme ne concourt à Athènes en 1896, et Coubertin y était personnellement opposé. Les premières participent à Paris en 1900, au golf et au tennis, où la Britannique Charlotte Cooper devient la première championne olympique de l'ère moderne.

La progression fut ensuite très lente. L'athlétisme féminin n'entre au programme qu'en 1928, et l'épreuve du 800 mètres en est retirée après cette édition, sous prétexte que la distance serait trop éprouvante ; elle ne reviendra qu'en 1960. Le marathon féminin attend 1984, la boxe féminine 2012.

La bascule est récente. Les jeux de Paris 2024 sont les premiers à attribuer un nombre strictement égal de places aux athlètes femmes et hommes, cent vingt-huit ans après la première édition moderne. Cette égalité porte sur les quotas de participation, pas sur le nombre d'épreuves, qui reste légèrement déséquilibré.

Les jeux paralympiques

Leur origine tient à l'initiative d'un neurologue, Ludwig Guttmann, qui organise en 1948 une compétition de tir à l'arc entre vétérans britanniques blessés, le jour même de l'ouverture des jeux de Londres. L'idée grandit et Rome accueille en 1960 les premiers jeux paralympiques officiels.

Depuis Séoul en 1988, ils se tiennent systématiquement dans la même ville et sur les mêmes installations que les jeux olympiques, quelques semaines après. Cette organisation commune, longtemps informelle, est aujourd'hui inscrite dans le contrat des villes hôtes.

Les symboles et leur histoire

Le drapeau olympique, avec ses cinq anneaux entrelacés sur fond blanc, est dessiné par Coubertin en 1913 et présenté au public en 1914. Les cinq anneaux représentent les cinq continents ; contrairement à ce qu'on lit souvent, aucune couleur n'est attribuée à un continent en particulier. Le choix des six couleurs, blanc du fond compris, tient à ce qu'elles permettaient de composer tous les drapeaux nationaux de l'époque.

La flamme olympique est un symbole plus récent qu'on ne le croit. Un feu brûle dans le stade depuis Amsterdam en 1928, mais le relais depuis Olympie n'apparaît qu'en 1936, à Berlin, ce qui laisse à ce rituel une origine embarrassante. La devise, elle, n'est pas de Coubertin mais d'un religieux dominicain de ses amis, Henri Didon, qui l'employait dans son établissement scolaire.

Une histoire de villes autant que d'athlètes

Organiser les jeux engage une ville pour une décennie et laisse des traces bien après. Barcelone en 1992 est le cas d'école de la réussite : la ville a profité de l'événement pour rouvrir son front de mer et se transformer durablement en destination touristique majeure.

Les contre-exemples ne manquent pas. Athènes 2004 a laissé des installations à l'abandon quelques années après la fête, dans un pays qui basculait dans la crise. Rio 2016 a connu le même sort pour plusieurs sites. Le coût croissant a d'ailleurs raréfié les candidatures : plusieurs villes se sont retirées en cours de procédure après des référendums locaux défavorables, ce qui a conduit le Comité international olympique à attribuer deux éditions d'un coup en 2017, Paris pour 2024 et Los Angeles pour 2028.

Les jeux olympiques de Paris en 2024 ont ainsi fait de la capitale la deuxième ville à accueillir trois fois les jeux olympiques d'été, après Londres, cent ans exactement après son édition de 1924. La cérémonie d'ouverture hors d'un stade, sur la Seine, constituait une première dans l'histoire olympique, et le sujet a occupé une place inédite dans les grilles de diffusion du monde entier.

Le dopage, l'autre fil de l'histoire olympique

Aucune histoire des jeux olympiques n'est complète sans ce chapitre, et il commence plus tôt qu'on ne l'imagine. Les athlètes antiques consommaient déjà des préparations censées améliorer leurs performances, et le premier mort attribué au dopage dans une compétition moderne remonte aux jeux de Rome, en 1960, avec le décès d'un cycliste danois pendant l'épreuve sur route.

C'est cet événement qui déclenche la première réaction institutionnelle. Les contrôles antidopage apparaissent à Mexico en 1968, d'abord limités et peu fiables. Le dispositif se durcit ensuite par à-coups, chaque affaire produisant sa règle.

La rupture la plus spectaculaire est celle de Séoul, en 1988. Le sprinteur canadien Ben Johnson remporte le cent mètres dans un temps qui écrase la concurrence, puis est déchu de son titre trois jours plus tard après un contrôle positif à un stéroïde anabolisant. L'image du vainqueur radié fait le tour du monde et installe durablement le soupçon sur les performances hors norme.

L'organisation actuelle date de 1999, avec la création d'une agence mondiale indépendante du mouvement olympique, née du constat que les fédérations ne pouvaient pas être à la fois juges et parties. Deux évolutions techniques ont ensuite changé la donne : la conservation des échantillons pendant dix ans, qui permet de les réanalyser lorsque les méthodes de détection progressent, et le passeport biologique, qui suit les paramètres sanguins d'un athlète dans le temps au lieu de chercher une substance à un instant donné. Plusieurs médailles ont ainsi été réattribuées des années après les jeux, ce qui est devenu banal.

Le cas le plus lourd reste celui d'un système organisé à l'échelle d'un État, révélé au milieu des années deux mille dix, et qui a conduit à priver une nation de son drapeau et de son hymne pendant plusieurs éditions. Il a montré que la lutte antidopage ne se joue pas seulement au niveau de l'athlète mais à celui des laboratoires et des institutions.

Ce contrôle soulève une difficulté rarement exposée : celle de la confidentialité des données médicales. Un sportif de haut niveau doit déclarer sa localisation en permanence et justifier tout traitement, informations personnelles que peu de professions acceptent de livrer. L'équilibre entre l'efficacité des contrôles et le respect de la vie privée reste un débat ouvert, régulièrement porté devant les tribunaux.

Un programme sportif qui n'a jamais cessé de bouger

La liste des sports olympiques paraît intangible ; elle a en réalité été remaniée à presque chaque édition, et les disparitions sont aussi instructives que les arrivées.

Le tir à la corde a été une épreuve olympique officielle de 1900 à 1920. Le cricket, le croquet, la pelote basque, le jeu de paume ont tous eu leur médaille avant de sortir du programme. Plus surprenant encore, les jeux ont comporté des concours d'art de 1912 à 1948, avec des médailles décernées en architecture, littérature, musique, peinture et sculpture. Pierre de Coubertin lui-même y a remporté l'or en 1912, en littérature, sous un pseudonyme.

Les entrées récentes suivent une autre logique, explicitement assumée par l'institution : rajeunir l'audience. Le skateboard, l'escalade et le surf entrent au programme olympique lors des jeux de Tokyo, le breaking à Paris. Ces choix sont contestés par les fédérations des sports historiques, qui y voient une dilution, et défendus par ceux qui rappellent que le programme n'a jamais été figé.

Un chiffre résume l'ampleur du changement : quatorze nations et neuf sports en 1896, plus de deux cents délégations et une trentaine de sports aujourd'hui. Chaque ajout se fait désormais à effectif constant, le nombre total d'athlètes étant plafonné pour contenir le coût d'organisation.

Comment fonctionne l'institution olympique

Le Comité international olympique est une organisation non gouvernementale de droit suisse, dont le siège est à Lausanne. Ses membres ne représentent pas leur pays auprès de l'institution mais l'inverse : ils sont les ambassadeurs du mouvement olympique dans leur pays, principe posé par Coubertin et souvent mal compris.

Son financement repose presque entièrement sur deux sources : les droits de diffusion audiovisuelle et les partenariats commerciaux mondiaux. La très grande majorité des sommes perçues est redistribuée aux fédérations internationales, aux comités nationaux et aux organisateurs. Ce modèle explique pourquoi le calendrier des épreuves est parfois fixé en fonction des fuseaux horaires des grands marchés télévisuels plutôt que du confort des athlètes, une critique récurrente depuis les jeux de Séoul.

La désignation des villes hôtes a elle-même changé de nature. Longtemps organisée comme un vote de mise en concurrence, entaché de plusieurs affaires de corruption dans les années quatre-vingt-dix, elle procède désormais d'un dialogue préalable avec un nombre restreint de candidats, précisément pour éviter des campagnes coûteuses et des scrutins contestés. C'est ce qui a permis d'attribuer deux éditions le même jour en 2017.

Ces règles figurent dans la Charte olympique, dont les articles fixent aussi bien la composition des instances que les conditions de participation ou l'usage des symboles. C'est un document révisé régulièrement, dont les premiers articles énoncent les valeurs olympiques que le mouvement dit défendre. La fameuse règle interdisant toute manifestation politique dans les enceintes, invoquée en 1968 contre Smith et Carlos, en fait partie et a été assouplie depuis.

Les éditions annulées : quand la guerre arrête les jeux

Trois olympiades ont été purement et simplement supprimées, et c'est un point que les chronologies des jeux passent souvent sous silence.

Les jeux olympiques d'été de 1916 étaient attribués à Berlin. La première guerre mondiale éclate deux ans avant l'échéance, le stade est achevé mais reste vide, et l'édition est annulée sans être reportée. Fait notable, la numérotation des olympiades se poursuit malgré tout : on compte les périodes de quatre ans, pas les éditions réellement disputées, si bien que l'olympiade de 1916 existe officiellement sans avoir donné lieu à la moindre compétition.

La seconde guerre mondiale en emporte deux. Tokyo devait accueillir l'édition de 1940 et y renonce dès 1938 en raison du conflit avec la Chine ; Helsinki reprend l'organisation des jeux avant que l'invasion de la Pologne ne rende l'événement impossible. L'édition de 1944, attribuée à Londres, subit le même sort. Les jeux d'hiver prévus ces mêmes années sont annulés avec elles.

Londres finit par recevoir l'événement en 1948, dans une ville en ruine et sous rationnement. Ces jeux sont restés dans les mémoires comme ceux de l'austérité : aucune installation neuve, les athlètes logés dans des casernes et des écoles, chacun apportant ses serviettes. L'Allemagne et le Japon n'y étaient pas conviés. Cette édition minimale est souvent citée aujourd'hui, par contraste, dans les débats sur le coût de l'organisation des jeux.

Records, dominations et chiffres marquants

L'histoire des jeux se lit aussi dans ses records, et quelques repères aident à mesurer les échelles.

Le nageur américain Michael Phelps détient le plus grand nombre de médailles olympiques de l'histoire, vingt-huit dont vingt-trois en or, sur quatre éditions. Aucune autre carrière n'en approche. Chez les femmes, la gymnaste soviétique Larissa Latynina a longtemps détenu le record avec dix-huit médailles, obtenues entre 1956 et 1964.

Le titre de champion olympique le plus disputé reste celui du cent mètres, sur lequel le Jamaïcain Usain Bolt a réalisé un triplé inédit entre 2008 et 2016, en portant au passage le record du monde à une valeur toujours debout. Dans un registre différent, l'escrimeur hongrois Aladár Gerevich a remporté l'or au sabre par équipes lors de six éditions consécutives, de 1932 à 1960, ce qui suppose une longévité que la professionnalisation actuelle rend improbable.

Côté nations, les États-Unis dominent le tableau des médailles d'été depuis l'origine, la Norvège celui des jeux d'hiver rapporté à sa population. La performance la plus commentée reste celle de l'Union soviétique, deuxième au classement historique alors qu'elle n'a participé qu'entre 1952 et 1988.

Un dernier chiffre illustre le changement d'échelle. Les jeux olympiques antiques accueillaient les représentants du monde grec ; le stade olympique d'Athènes en 1896 recevait quatorze nations. Une édition contemporaine réunit plus de deux cents délégations et dépasse les dix mille athlètes, tandis que l'audience cumulée se compte en milliards de téléspectateurs. C'est ce qui fait des jeux olympiques et paralympiques le premier rendez-vous de l'actualité sportive mondiale, loin devant toute autre compétition.

Ce que l'histoire olympique dit du sport en général

Trois enseignements traversent ces trois millénaires, et ils valent bien au-delà des jeux.

Le premier est que la neutralité politique n'a jamais existé. De la trêve antique, qui servait les intérêts des cités organisatrices, aux boycotts de la guerre froide en passant par 1936 et 1968, l'événement a toujours été un terrain d'expression politique. Prétendre le contraire relève du discours institutionnel, pas de l'histoire.

Le deuxième est que la définition du sportif a complètement changé. L'athlète antique était rémunéré, celui du vingtième siècle devait être amateur, celui d'aujourd'hui est un professionnel. Chacune de ces définitions a été présentée en son temps comme la seule conforme à l'esprit olympique.

Le troisième tient à la place des supporters. Les jeux antiques rassemblaient des dizaines de milliers de spectateurs venus de tout le monde grec, avec les mêmes rivalités entre cités que celles qu'on observe aujourd'hui entre clubs. Sur ce point, la culture de supporter a moins changé que le sport lui-même.

Chronologie des jeux : les dates marquantes

Cette chronologie des jeux retient les événements marquants de trois millénaires, des premiers concours d'Olympie aux jeux olympiques de Paris en 2024.

  • 776 avant notre ère : premier vainqueur connu à Olympie.
  • Fin du quatrième siècle : interdiction des cultes païens, extinction des jeux antiques.
  • 1894 : congrès de la Sorbonne, création du Comité international olympique.
  • 1896 : premiers jeux olympiques modernes à Athènes, 241 athlètes, quatorze nations.
  • 1900 : Paris, premières participantes et première apparition du football.
  • 1908 : Londres, premier tournoi olympique de football officiel.
  • 1924 : Chamonix, premiers jeux olympiques d'hiver.
  • 1936 : Berlin, premier relais de la flamme et jeux de propagande.
  • 1960 : Rome, premiers jeux paralympiques officiels.
  • 1968 : Mexico, poings levés de Smith et Carlos.
  • 1972 : Munich, prise d'otages de la délégation israélienne.
  • 1980 et 1984 : boycotts croisés de Moscou et de Los Angeles.
  • 1992 : Barcelone, fin de l'amateurisme et tournoi de football réservé aux moins de vingt-trois ans.
  • 1996 : Atlanta, création du tournoi olympique de football féminin.
  • 2024 : Paris, première parité stricte des quotas entre athlètes femmes et hommes.

Questions fréquentes

Quand ont eu lieu les premiers jeux olympiques ?

La tradition retient l'année 776 avant notre ère à Olympie, date du premier vainqueur dont le nom est connu. Le sanctuaire était toutefois fréquenté avant cette date, et les jeux antiques ont duré près de douze siècles avant leur interdiction à la fin du quatrième siècle de notre ère.

Qui a créé les jeux olympiques modernes ?

Pierre de Coubertin, à l'issue du congrès qu'il réunit à la Sorbonne en juin 1894, lequel crée le Comité international olympique. Sa motivation était d'abord éducative : il voulait réformer l'enseignement français en y donnant au sport la place qu'il occupait dans les écoles britanniques.

Pourquoi les jeux olympiques ont-ils disparu pendant quinze siècles ?

Parce qu'ils étaient une fête religieuse dédiée à Zeus. Lorsque l'empereur Théodose interdit les cultes païens à la fin du quatrième siècle, le sanctuaire d'Olympie est abandonné, puis enseveli par les crues et les séismes.

Depuis quand le football est-il aux jeux olympiques ?

Depuis Paris en 1900, sous forme de démonstration, puis officiellement depuis Londres en 1908. Le tournoi masculin est réservé aux moins de vingt-trois ans depuis 1992, avec trois joueurs plus âgés autorisés depuis 1996. Le tournoi féminin, créé en 1996, n'a pas de limite d'âge.

Que représentent les cinq anneaux olympiques ?

Les cinq continents. Aucune couleur n'est associée à un continent particulier : les six couleurs, blanc du fond compris, ont été choisies parce qu'elles permettaient de composer tous les drapeaux nationaux de l'époque. Le drapeau a été dessiné par Coubertin en 1913.

Quand les femmes ont-elles pu participer aux jeux olympiques ?

Dès 1900 à Paris, au golf et au tennis, où Charlotte Cooper devient la première championne olympique. L'athlétisme féminin attend 1928, le marathon 1984 et la boxe 2012. Paris 2024 est la première édition à quotas strictement paritaires.

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