Le tir à trois points a fait passer la NBA de 2,8 tentatives par match et par équipe en 1979-80 à plus de 37 en 2024-25. Un point de plus par panier a suffi à modifier la façon d'attaquer, le rôle des pivots et la stratégie de Daryl Morey, sans effacer le jeu intérieur.
Le tir à trois points NBA en trois repères chiffrés
- 402 paniers primés réussis : le record sur une saison, établi par Stephen Curry en 2015-16.
- 14 en un seul match : le record de Klay Thompson contre les Bulls de Chicago, le 29 octobre 2018.
- Trois trophées de MVP pour Nikola Jokic (2021, 2022, 2024), un pivot : le poste bas a changé de forme, il n'a pas disparu.
Comment la ligne des trois points est arrivée en NBA
La ligne des trois points n'est pas née en NBA : l'American Basketball League l'utilise dès 1961, puis l'ABA en fait un argument de spectacle à partir de 1967. La NBA ne l'adopte qu'à la saison 1979-80, et le premier panier primé de son histoire revient à Chris Ford, des Celtics de Boston, le 12 octobre 1979 face aux Houston Rockets.
L'arc de cercle se trace à 7,24 mètres du centre de l'arceau au sommet, et à 6,71 mètres dans les coins, là où la ligne de touche empêche de tracer un demi-cercle complet le long de la ligne de fond. La ligue n'a choisi de modifier cette distance qu'une seule fois : de 1994 à 1997, elle a rapproché la ligne à 6,71 mètres sur tout son tracé pour relancer une attaque jugée trop lente, avant de revenir au dessin d'origine en 1997-98. Ces trois saisons coïncident avec le règne des Bulls de Chicago de Michael Jordan, qui signent 72 victoires en 1995-96.
Pendant les années 1980, le shoot lointain reste un geste de fin de possession. Magic Johnson et les Lakers de Los Angeles construisent leur jeu sur la course et la passe, Kareem Abdul-Jabbar sur son bras roulé. Le concours à trois points du All Star Game, créé en 1986 et remporté par Larry Bird lors de ses trois premières éditions, fait davantage pour l'image du geste que les feuilles de match. La culture du basket a ceci en commun avec la culture des supporters de football : elle retient les gestes rares avant les tendances de fond.
Pourquoi les équipes ont dû modifier leur façon d'attaquer
Le tir à trois points rapporte plus qu'un shoot à deux points dès que son adresse dépasse les deux tiers de celle d'un shoot à mi-distance. Un joueur qui réussit 36 % de ses tentatives lointaines produit 1,08 point par possession ; à 42 % de réussite à mi-distance, il n'en produit que 0,84. Le point clé tient dans la répétition : l'écart paraît mince sur une action, il devient décisif sur une centaine de possessions par match.
| Zone de shoot | Valeur | Adresse prise en exemple | Points par tentative |
|---|---|---|---|
| Près de l'arceau | 2 | 62 % | 1,24 |
| Mi-distance | 2 | 42 % | 0,84 |
| Derrière l'arc | 3 | 36 % | 1,08 |
| Coin (distance la plus courte) | 3 | 39 % | 1,17 |
Les pourcentages du tableau sont des ordres de grandeur pour illustrer le calcul : il montre que la zone sacrifiée n'est pas la raquette, mais la mi-distance. Daryl Morey, manager général des Houston Rockets de 2007 à 2020, a bâti toute sa politique sur ce constat. La méthode surnommée « Moreyball », cousine du « Moneyball » du baseball, cherche trois types de points : les lay-ups, les lancers francs et les paniers primés. Avec James Harden, les Rockets de Morey ont fait de chaque possession un choix entre la pénétration et le tir derrière l'arc.
Avant lui, les Suns de Phoenix de Mike D'Antoni et Steve Nash avaient déjà commencé à modifier le rythme de la ligue au milieu des années 2000 : attaque en moins de sept secondes, ailiers écartés, small ball. Ce small ball, longtemps regardé comme une curiosité, est devenu la norme dix ans plus tard.
Comment le tir à trois points a-t-il changé la NBA avec Golden State ?
Les Warriors de Golden State ont transformé une stratégie de laboratoire en dynastie. Entraînés par Steve Kerr, ancien spécialiste du shoot lointain aux Bulls, ils remportent le titre en 2015 avec Stephen Curry et Klay Thompson, les « Splash Brothers ». La saison suivante, Curry inscrit 402 paniers primés, nouveau record du nombre de réussites en une saison, et devient le premier MVP élu à l'unanimité.
Curry a fini par modifier la notion même de bon shoot : il tire en sortie de dribble, à huit ou neuf mètres, là où les défenses ne montaient pas. Le 4 novembre 2016, contre les Lakers de Los Angeles, sa série de 157 matchs consécutifs avec au moins un panier primé s'arrête ; trois jours plus tard, le 7 novembre 2016, il en réussit 13 contre New Orleans, record de l'époque. Klay Thompson le dépasse le 29 octobre 2018 avec 14 réussites contre Chicago, toujours le record d'un match.
Quels sont les meilleurs tireurs à trois points ?
Stephen Curry domine le classement de la carrière depuis le 14 décembre 2021, soir où il dépasse Ray Allen au Madison Square Garden face aux New York Knicks. Le 13 mars 2025, il devient le premier joueur à franchir 4 000 paniers primés. Derrière lui, le top de la liste réunit James Harden, Ray Allen, Damian Lillard et Klay Thompson. Le meilleur pourcentage n'appartient pas toujours au plus gros volume : Steve Kerr reste l'un des plus précis de l'histoire de la NBA, sur beaucoup moins de tentatives.
Quels matchs marquants restent liés aux tirs lointains ?
Trois moments reviennent dans toutes les rétrospectives. Le 18 juin 2013, lors du sixième match des finales NBA, Ray Allen égalise depuis le coin pour le Heat de Miami face aux Spurs de San Antonio, qui étaient à quelques secondes du titre. Le 23 avril 2019, Damian Lillard qualifie Portland contre Oklahoma City au premier tour avec un shoot pris à près de 11 mètres, au buzzer. Plus tôt, le 7 janvier 2003, Kobe Bryant avait réussi 12 paniers primés contre Seattle, record à l'époque.
Le jeu intérieur a-t-il vraiment disparu de la NBA ?
Le jeu intérieur n'a pas disparu de la NBA : c'est le poste bas statique, dos au panier, qui a reculé, et surtout le shoot à mi-distance. Les tentatives près de l'arceau restent les plus rentables de la ligue, et la stratégie de Morey les recherche autant que les tirs primés. Le point décisif est l'espace : quatre ou cinq joueurs écartés au-delà de la ligne libèrent la raquette pour les pénétrations.
Le palmarès du titre de MVP contredit l'idée d'une ligue sans intérieurs. Giannis Antetokounmpo l'a remporté en 2019 et 2020 en attaquant le cercle, Joel Embiid en 2023 avec un jeu de pivot, Nikola Jokic en 2021, 2022 et 2024 en distribuant depuis le poste haut. En 2025, Shai Gilgeous-Alexander, MVP et champion avec Oklahoma City, a rappelé qu'un shoot à mi-distance de très haute adresse garde sa valeur.
Ce que le shoot lointain a obligé les pivots à modifier
Les pivots ont dû modifier leur répertoire plus que leur importance. Brook Lopez, intérieur classique à ses débuts, a appris à tirer de loin et l'a fait sous le maillot de Milwaukee, champion en 2021 ; Karl-Anthony Towns ou Victor Wembanyama prennent des tirs primés à 2,10 mètres et plus. Le rebond a lui aussi changé de nature : un shoot raté à 7 mètres produit des rebonds longs, qui récompensent la vitesse plus que la taille, et le double-double des intérieurs se construit désormais loin du cercle. Un intérieur incapable de défendre sur un meneur après un écran perd ses minutes, quel que soit son jeu offensif.
Modifier les règles défensives pour ouvrir le jeu extérieur
La NBA a choisi de modifier plusieurs règles défensives qui, sans toucher à la ligne, ont profité aux tireurs. En 2001-02, la ligue autorise la défense de zone tout en créant la faute de trois secondes défensives, qui empêche un pivot de camper dans la raquette. En 2004-05, elle interdit le « hand-checking », le contact de la main sur le porteur de balle à l'extérieur : les arrières pénètrent plus facilement, la défense s'effondre, le shoot ouvert apparaît. Les fautes d'équipe pèsent aussi sur cette dynamique, car le bonus et les lancers francs après la cinquième faute d'équipe pénalisent les défenses qui compensent par le contact.
La ligue a refusé depuis de modifier son règlement pour freiner le volume lointain. Des entraîneurs et d'anciens joueurs proposent de reculer la ligne ou de supprimer le coin, plus court de 53 centimètres ; la ligue n'a rien acté. Les nouvelles compétitions, comme la NBA Cup lancée en novembre 2023, se jouent avec le même code de jeu que la saison régulière.
Ce qui change entre la NBA, la FIBA et la WNBA
La distance de la ligne n'est pas la même partout. La FIBA l'a reculée à 6,75 mètres en 2010, et la WNBA a adopté cette distance en 2013 : un joueur européen qui arrive en NBA doit ajouter près d'un demi-mètre au sommet. Cette différence s'ajoute à d'autres, comme quatre quart-temps de 12 minutes contre 10 en FIBA, de quoi modifier le nombre de possessions et donc les volumes de tirs. En WNBA, Sabrina Ionescu a marqué 37 points sur 40 possibles au concours de 2023, un total que personne n'avait atteint dans l'histoire de l'épreuve, hommes compris.
Le basket international a suivi la même pente. Depuis la Dream Team de 1992, dont la trace reste centrale dans l'histoire des Jeux olympiques d'été, les sélections nationales misent elles aussi sur des intérieurs capables d'écarter le terrain.
Le record de Thompson, le volume par match et la ligne de demain
Quel est le record de tirs à trois points réussis en un match ?
Klay Thompson détient le record avec 14 paniers primés réussis contre les Bulls de Chicago, le 29 octobre 2018. Stephen Curry et Zach LaVine en ont réussi 13 lors d'un match.
Combien de tirs à trois points une équipe NBA tente-t-elle par match ?
Une équipe NBA tente plus de 37 tirs primés par match en moyenne en 2024-25, contre 2,8 lors de la saison 1979-80, selon les moyennes de la ligue publiées par Basketball-Reference.
Pourquoi le shoot à mi-distance a-t-il reculé ?
Le shoot à mi-distance a reculé parce qu'il rapporte moins de points par tentative qu'un tir primé à 36 % de réussite ou qu'un lay-up. Les meilleurs spécialistes, comme Shai Gilgeous-Alexander, restent l'exception qui le rend rentable.
La NBA va-t-elle reculer la ligne des trois points ?
La NBA n'a annoncé aucun projet pour reculer la ligne des trois points ; l'idée revient dans le débat public chaque saison, sans décision de la ligue à ce jour.
















